Extrait : Au pied de son lit, un gilet pare-balles s’oublie, gris de poussière. Chaque soir avant de se coucher, Joaquim s’impose de le regarder. Alors, c’est comme une pierre au fond de son ventre qui se met à peser. Plus de deux décennies le séparent pourtant de ce qu’il nomme laconi- quement « Sarajevo » pour évoquer le point de bascule de son existence, une période bien plus qu’un lieu mais un lieu tout de même, clos et défait, un piège tendu par l’Histoire, dans lequel Joaquim, vingt ans tout juste, espérait trouver ce qu’il n’avait pas la force de provoquer. Au printemps 1993, la capitale bosniaque assiégée par les milices serbes et l’armée fédérale était devenue l’emblème d’une humanité réduite à son souvenir. La logique aurait été d’y mourir.

Le plancher de Jeannot >